Outils personnels

10. Analyse de situation

Public cible : le public festif

Sur la base du diagnostic épidémiologique et social, le diagnostic comportemental a été construit en identifiant les comportements du public cible d’une part et ceux des acteurs, services et milieux de vie généralistes et spécifiques en lien avec ce public cible d’autre part. Les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels de ces différents comportements ont ensuite été recherchés et classés. La synthèse ci-dessous reprend les éléments-clés de cette analyse en tentant de mettre en évidence les principaux acteurs et leurs interactions. 

Le milieu festif rassemble des personnes qui consomment diverses drogues licites et illicites et constitue en même temps un environnement qui favorise la consommation, notamment en termes d’initiation à certains produits. Ainsi, les répondants aux enquêtes DR- en milieu festif ont été interrogés en 2007 (n=2444) au sujet des produits consommés au cours de leur vie, au cours du mois précédent et sur le lieu festif au moment de l’enquête (Modus Vivendi, 2008) :

  • Au cours de leur vie, 94,3 % ont consommé de l’alcool, 67,6 % du tabac et 68,5 % du cannabis. La moitié des répondants déclarent également avoir expérimenté au moins un produit illicite hors cannabis. Trois personnes sur cent déclarent avoir consommé par injection et un peu moins d’un tiers disent avoir expérimenté le sniff. Ces deux dernières pratiques sont parfois associées au partage du matériel, ce qui expose les usagers aux risques d’infection (VIH et hépatites).
  • Au cours du dernier mois, 48 % des personnes rencontrées déclarent avoir consommé au moins un produit illégal (28 % si on exclut le cannabis). Les produits les plus consommés sont le cannabis (39 %), les amphétamines – speed (15 %) et l’ecstasy (11 %).
  • Lors de l’événement au cours duquel ils ont été interrogés, les produits les plus consommés par les répondants sont les mêmes que ceux consommés au cours du dernier mois : le cannabis (25,2 %), les amphétamines – speed (9,7 %) et l’ecstasy (7 %).
  • Selon les années, 2 à 3 % du public interrogé déclarent s’être injecté de la drogue au cours de la vie, 1 % dans le dernier mois et 0,6 % lors de l’événement. Il s’agit d’un sousgroupe nettement plus précarisé que le public festif dans son ensemble et souffrant généralement d’exclusion. Parmi les personnes déclarant consommer au moins un produit psychotrope autre que le tabac, un quart d’entre elles estiment avoir connu au moins un problème en lien avec leur consommation. Les plus cités sont les problèmes sexuels (46,0 %), psychologiques (43,2 %) et au travail (40,1 %). A ce sujet, les intervenants font remarquer que les usagers méconnaissent parfois les produits et leurs effets, et notamment leur toxicité.

Le préservatif est insuffisamment utilisé lors des rapports sexuels qui ont lieu en milieu festif, notamment en raison de son manque de disponibilité (36 % des personnes interrogées ont un préservatif en poche) et de la baisse de vigilance induite par la consommation de produits. Une étude montre par exemple (Eurotox, 2003) que suite à la consommation d’ecstasy, 23 % des personnes interrogées ont eu des relations sexuelles avec un inconnu sans protection, 20 % ont eu des relations sexuelles regrettées le lendemain et 5 % ont eu des relations sexuelles contraintes.

La consommation expose les usagers à d’autres risques, notamment aux accidents de la route : parmi les personnes qui ont consommé au moins un produit au cours de l’événement (en ce compris l’alcool et hors tabac, n=864), 17,4 % déclarent avoir l’intention de reprendre le volant après l’événement. Certains se font également tatouer ou piercer dans des conditions d’hygiène inadéquates.

Le recours au test de dépistage du VIH et des autres IST est insuffisant : 52,6 % des personnes rencontrées n’ont jamais fait le test VIH (les données ne sont pas disponibles pour les autres IST). Le public festif est d’ailleurs de manière générale un public qui a peu de contacts avec les professionnels de la santé et qui aborde rarement sa consommation de produits avec ces professionnels.

Les filles fréquentant le milieu festif sont plus vulnérables que les garçons notamment en raison des rapports de force, d’un manque d’estime de soi et de l’image négative attachée aux filles qui consomment des produits. Elles se munissent plus rarement d’un préservatif et ont plus souvent des difficultés pour l’utiliser et pour négocier le rapport sexuel et sa protection. Une minorité d’entre elles ont des rapports sexuels sous la contrainte ou encore en échange de drogues. Elles déclarent aussi des difficultés pour maintenir une contraception régulière en festival. Elles sont également plus vulnérables sur le plan biologique : la consommation de produits tels que les amphétamines assèche les muqueuses et rend ainsi les rapports sexuels plus risqués.

Les organisateurs de soirées et d’événements incitent souvent à la consommation d’alcool. Ils sont parfois ambigus par rapport à la consommation de drogues illicites et sont réfractaires à la présence d’actions de réduction des risques. Ils ne sont par ailleurs pas toujours attentifs au respect des lois relatives à l’accès des mineurs aux lieux festifs et à l’interdiction de leur vendre de l’alcool. Cependant, ils peuvent avoir une influence positive sur les mesures de réduction des risques, en mettant des préservatifs et de l’eau gratuite à la disposition du public par exemple.

L’influence des pairs est particulièrement forte en ce qui concerne la consommation des produits et les prises de risque. Cette influence peut être favorable ou défavorable à la réduction des risques selon les situations. Par exemple, en cas de problème lié à la consommation, ils peuvent ou non faire preuve de solidarité et d’entraide.

Les dealers de produits psychotropes favorisent par définition la consommation. Ils peuvent avoir une influence sur les mesures de réduction des risques, de manière positive ou négative selon les cas. Ils exigent parfois des rapports sexuels en échange de drogues.

Les divers services et intervenants qui mettent en place des actions de réduction des risques basent leur travail sur des valeurs différentes et appliquent les principes de promotion de la santé à des degrés variables. Certains ne disposent pas toujours des ressources et des compétences nécessaires pour garantir la qualité des actions : ils se concertent insuffisamment, abordent rarement les questions de santé sexuelle dans leurs contacts avec les usagers, s’intègrent difficilement aux milieux festifs et développent parfois des approches peu participatives.

Les acteurs politiques concernés par la problématique privilégient la prohibition des drogues, qui entrave de manière générale les actions de réduction des risques et plus particulièrement le travail avec les dealers.

Les médias véhiculent souvent une image négative du public festif et de ses comportements et ne saisissent pas toujours les enjeux de santé publique liés à la réduction des risques. Par ailleurs, ils diffusent une information inadéquate concernant le VIH et les autres IST.

En milieu scolaire, les approches utilisées concernant la prévention des drogues favorisent trop souvent le contrôle par la police et le recours à la peur au détriment de la réduction des risques.

Les facteurs de l’environnement ont une influence importante sur les comportements du public : la convivialité, l’influence des pairs et l’accès aisé à l’alcool et aux autres drogues favorisent la consommation. Les pratiques de protection dépendent largement de l’accessibilité du matériel de prévention et de réduction des risques, insuffisante dans certains lieux, en particulier en milieu rural. La présence policière entraîne la consommation dans le stress et la clandestinité, ce qui augmente les risques.

Sur le plan institutionnel, l’insuffisance ou l’inadéquation de certains textes officiels est soulignée :

  • la loi du 24 février 1921, amendée à plusieurs reprises, réprimant l’usage de drogues, manque de clarté en ce qui concerne la consommation de cannabis ;
  • la législation interdisant de servir de l’alcool à des mineurs (notamment l’Arrêté-loi du 14 novembre 1939) est rarement affichée dans les lieux festifs et n’est pas toujours appliquée ;
  • il n’existe pas de réglementation officielle fixant les conditions d’hygiène requises pour le tatouage et le piercing ;
  • la promotion de la santé est insuffisamment reconnue par les politiques concernés malgré l’existence du Décret du 14 juillet 1997 portant organisation de la promotion de la santé en Communauté française ;
  • le travail de réduction des risques est entravé par l’absence de directives claires du Ministère de la Justice ;
  • en Région bruxelloise, une charte «Quality nights» fixant des critères de qualité sur le plan sanitaire pour les lieux de sortie a été élaborée en collaboration avec les responsables politiques concernés, les intervenants de terrain et certains organisateurs de soirées. Son application est progressivement étendue à la Région wallonne mais elle ne concerne pas l’ensemble des lieux festifs et le nombre d’adhérents est encore insuffisant.

Précision méthodologique
Pour réaliser une analyse de situation, les participants, lors de la construction du diagnostic comportemental, formulent les comportements des acteurs sous forme de problèmes, c’est-à-dire de manière négative, et avec un certain degré de généralité. Cette approche critique répond à une nécessité méthodologique : il s’agit à cette étape d’identifier les manquements et aspects à améliorer. Au moment de la formulation des objectifs opérationnels, ces comportements formulés négativement seront traduits de manière positive comme résultats à atteindre et comme activités à mettre en oeuvre.

Sources
  • Degraen M., Pozza M., Van Huyck C. Rapport statistique : analyse du profil des personnes rencontrées en milieu festif en Communauté française. Modus Vivendi, Bruxelles, 2008. [retour en haut]
  • Eurotox asbl. Synthèse et recommandations de la recherche Ecstasy, pilules sans ordonnance, usages et usagers de nouvelles drogues de synthèse. Bruxelles, 2003. [retour en haut]
  • Loi du 24 février 1921 concernant le trafic des substances vénéneuses, soporifiques, stupéfiantes, psychotropes, désinfectantes ou antiseptiques et des substances pouvant servir à la fabrication illicite de substances stupéfiantes et psychotropes (MB 06/03/1921). [retour en haut]
  • Arrêté-loi du 14 novembre 1939 relatif à la répression de l’ivresse (MB 18/11/1939). [retour en haut]
  • Décret du 14 juillet 1997 portant organisation de la promotion de la santé en Communauté française (M.B. 29/8/97), modifié par les décrets du 22 décembre 1997 (M.B 31/12/97), du 17 juillet 1998 (M.B. 05/11/98), du 11 juillet 2002 (M.B. 04/09/02) et du 17 juillet 2003 (M.B. 21/08/2003). [retour en haut]
Informations complémentaires
Actions sur le document
Se connecter


Mot de passe oublié ?
Une analyse commune pour l'action (décembre 2009)

Cahier 10 - Public festif

Cahier 10

Télécharger

Analyses complémentaires

L’analyse de situation pour le public festif est à mettre en relation avec d’autres analyses de situations avec lesquelles elle partage des problématiques communes, en particulier pour les publics :

 
Observatoire du sida et des sexualités - Facultés universitaires Saint-Louis
Bd. du Jardin Botanique, 43 - 1000 Bruxelles - tél: + 32 (0)2 211 79 10 - observatoire@fusl.ac.be