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5. Analyse de situation

Publics cibles : HSH et FSF

Sur la base du diagnostic épidémiologique et social, le diagnostic comportemental a été construit en identifiant les comportements du public cible d’une part et ceux des acteurs, services et milieux de vie généralistes et spécifiques en lien avec ce public cible d’autre part. Les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels de ces différents comportements ont ensuite été recherchés et classés. La synthèse ci-dessous reprend les éléments-clés de cette analyse en tentant de mettre en évidence les principaux acteurs et leurs interactions.

La plupart des HSH utilisent le préservatif régulièrement et la majorité d’entre eux ont réalisé un ou plusieurs dépistage(s) du VIH. Cependant, étant donné la prévalence élevée dans ce groupe, le recours au préservatif et au dépistage sont encore insuffisants. En effet :

  • Une minorité non négligeable de HSH, à savoir un répondant sur quatre (Martens et Huynen, 2006) déclare au moins une pénétration anale non protégée avec un partenaire de statut sérologique différent ou inconnu dans l’année. De plus, une diminution de l’utilisation du préservatif est constatée ces dernières années, à travers plusieurs enquêtes menées dans d’autres pays européens. Le lubrifiant à base d’eau est utilisé insuffisamment ou de manière inadéquate. Certaines situations peuvent augmenter l’exposition au risque : les rapports sexuels associés à la consommation de certains produits psychotropes, le multipartenariat, le sexe de groupe, les couples au sein desquels la protection avec d’éventuels partenaires occasionnels n’a pas été discutée adéquatement, les moments de mal-être plus ou moins durables ou encore la phase de coming out 3 (qui peut se caractériser par une envie de «rattraper le temps perdu» sur le plan sexuel).
  • Le dépistage, quoique largement utilisé, n’est pas réalisé systématiquement à la suite d’une prise de risque. Une proportion non négligeable de HSH y ont également recours tardivement et rarement dans la période de primoinfection (période au cours de laquelle les individus sont particulièrement susceptibles de transmettre le virus en raison d’une charge virale élevée). Le dépistage des IST est très insuffisant. Une partie des freins au dépistage concerne le manque d’accès à des structures anonymes ou à des professionnels avec lesquels les HSH peuvent évoquer leur sexualité en confiance et qui garantissent explicitement le secret professionnel.
  • Le recours au traitement post-exposition en cas de prise de risque est faible.

Les jeunes homosexuels ont également un recours insuffisant au préservatif, au lubrifiant, au dépistage et au traitement post-exposition tout en traversant des situations de vulnérabilité accrue : honte et culpabilité associées aux relations sexuelles clandestines avant le coming out et sentiment de libération urgente à la suite de celui-ci, méconnaissance de l’homosexualité par la famille ou rejet par celle-ci, homophobie à l’école.

Les acteurs spécifiques identifiés comme ayant un lien avec les HSH et les FSF sont principalement les acteurs du monde associatif ou commercial LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres). Ils sont en contact avec un grand nombre de personnes et peuvent en cela jouer un rôle de conseil, d’information et de prévention, notamment en matière d’IST/Sida. Cependant, les intervenants qui travaillent en collaboration avec ces acteurs constatent que ceux-ci intègrent rarement, et parfois inadéquatement ces thématiques dans le cadre de leurs activités bénévoles ou professionnelles. Ils ne favorisent pas toujours l’accès à l’information et au matériel de prévention et ne prennent pas en compte ou peuvent même exercer un rejet à l’égard des personnes séropositives. Une méconnaissance du rôle qu’ils pourraient jouer, un manque de capacités lié au statut de bénévole, la logique commerciale des tenanciers d’établissements ou organisateurs d’événements sont des facteurs parmi d’autres du manque d’intégration d’activités de prévention par ces acteurs.

Les acteurs spécifiques ne touchent que les HSH et FSF qui se reconnaissent comme tels et qui ont fait la démarche de s’adresser à un interlocuteur en tant que personne homo ou bisexuelle. Ils ne sont pas en contact avec les personnes qui, pour diverses raisons, ne souhaitent pas s’identifier comme HSH ou FSF et/ou être identifiées comme telles en fréquentant des services ou milieux de vie spécifiques. Les acteurs généralistes ont donc toute leur importance. En effet, parmi les acteurs généralistes en contact avec les HSH et les FSF (secteur psycho-médico-social, enseignement), certains pourraient jouer un rôle, en termes de prévention ou de dépistage du VIH et des autres IST, et/ou en termes de soutien vis-à-vis des personnes confrontées à des difficultés liées à leur orientation sexuelle (acceptation ou estime de soi, homophobie, vie relationnelle, affective et sexuelle, santé mentale…). Cependant, dans un contexte général d’inégalité entre les orientations sexuelles et parfois par crainte de réactions négatives du public dans le cas d’interventions collectives (par exemple des animations à l’école), certains intervenants n’abordent pas, ou pas adéquatement, ces questions avec les personnes concernées, ne parviennent pas toujours à prendre en compte les besoins des personnes homosexuelles et même parfois font de la discrimination, sans forcément en être conscients.

L’homophobie et le contexte hétérosexiste se manifestent également de différentes manières dans d’autres milieux de vie : répression des homosexuels par la police dans les lieux de drague et agressions par des «casseurs» dans ces mêmes lieux, injures ou agressions homophobes à l’école ou en milieu professionnel, images parfois stéréotypées de l’homosexualité dans les médias.

Sur le plan institutionnel, des lois récentes permettent l’accès des personnes homosexuelles à certains droits (mariage et adoption). La loi anti-discrimination permet notamment des possibilités de recours en cas de discrimination sur base de l’orientation sexuelle via le Centre pour l’égalité des chances. Par contre, l’absence d’inscription officielle des projets d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle qui intègrent la question de l’orientation sexuelle dans les programmes scolaires et l’absence de cette thématique dans les programmes de formation initiale et continue des professionnels psycho-médico-sociaux expliquent en grande partie les difficultés de certains d’entre eux à prendre en compte de manière adéquate les besoins des HSH et FSF.   3 Processus au cours duquel une personne accepte progressivement son orientation homosexuelle et la révèle à son entourage.

Précision méthodologique
Pour réaliser une analyse de situation, les participants, lors de la construction du diagnostic comportemental, formulent les comportements des acteurs sous forme de problèmes, c’est-à-dire de manière négative, et avec un certain degré de généralité. Cette approche critique répond à une nécessité méthodologique : il s’agit à cette étape d’identifier les manquements et aspects à améliorer. Au moment de la formulation des objectifs opérationnels, ces comportements formulés négativement seront traduits de manière positive comme résultats à atteindre et comme activités à mettre en oeuvre.

Source
  • Martens V., Huynen P. Connaissances et comportements des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes à l’égard du VIH/Sida en Communauté française de Belgique. Arch Public Health, 2006, 64, 13-26. [retour en haut]
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Une analyse commune pour l'action (décembre 2009)

Cahier 5 - HSF & FSF

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Analyses complémentaires

L’analyse de situation pour les publics des HSH et FSF est à mettre en relation avec d’autres analyses de situations avec lesquelles elle partage des problématiques communes, en particulier pour les publics :

 
Observatoire du sida et des sexualités - Facultés universitaires Saint-Louis
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