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5. Données épidémiologiques et sociales

Publics cibles : HSH et FSF
Infection au VIH en Belgique par contacts homo-/bisexuels

L’évolution de l’incidence du VIH parmi les HSH depuis les années 2000 suit la même tendance à la hausse que les données d’incidence générales (voir figure 1). Le nombre de nouveaux diagnostics avoisinait la centaine de 1997 à 1999. Ce nombre a presque triplé en dix ans (284 cas en 2007). Les cas d’infection VIH dus aux contacts homo-/bisexuels représentaient environ 25 % de l’ensemble des nouveaux cas pour lesquels le mode de transmission probable était connu à la fin des années nonante. Il était de 38 % en 2007 (Sasse et al., 2008).

Parmi les hommes belges infectés, ceux qui l’ont été par voie homo-/bisexuelle représentaient 65 % des nouveaux cas en 2001-2003 pour passer à plus de 70 % ces dernières années (73,8 % en 2004-2006 et 72,2 % en 2007).

Parmi les hommes infectés d’autres nationalités, ceux qui l’ont été par voie homo-/bisexuelle représentaient environ 10 % des nouveaux cas en 2000-2004 pour passer à environ 20 % ces dernières années (20,9 % en 2006 et 19,7 % en 2007).

La proportion d’hommes infectés par contacts homo-/ bisexuels en 2007 varie selon les régions : 40,9 % à Bruxelles, 46,6 % en Flandre et 27,2 % en Wallonie. Elle varie également selon les tranches d’âge : elle est de 65,3 % parmi les 15-24 ans, 63,3 % parmi les 25-34 ans, 57,6 % parmi les 35-49 ans et 38,7 % parmi les 50 ans et plus.

Une enquête menée parmi les HSH en Communauté française en 2004 estimait la prévalence déclarée parmi les répondants à 10 % (Martens et Huynen, 2006). Parmi les hommes dépistés positifs pour le VIH au centre Elisa en 2007, la moitié ont été contaminés par contacts homo-/bisexuels (Gennotte et al., 2008).

Données concernant les HSH séropositifs

Parmi les patients séropositifs suivis médicalement en 2007 en Belgique, 26,8 % ont été infectés lors de contacts homo-/ bisexuels ; le mode de transmission est inconnu dans 25 % des cas (Sasse et al., 2008). On dispose de peu de données sur les conditions de vie des personnes séropositives en Communauté française. Une enquête en cours(1) devrait permettre de combler partiellement ce manque de données. Le chapitre consacré au public cible des personnes séropositives présente quelques résultats issus d’une enquête française.

 

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Figure 1 : Evolution de l’incidence du VIH par année et proportion d’infections
par contacts homo-/bisexuels (Source : ISP 2008)

Evolution de l’infection au VIH par contacts homosexuels en Europe

Au niveau européen, dans les pays de l’Union/EFTA(2), une augmentation des cas par contacts homosexuels a été observée ces dernières années, passant d’environ 6000 en 2003 à plus de 8000 en 2007 (ECDC/WHO, 2008). En 2007, la proportion de nouveaux cas par contacts homosexuels était de 39 %.

Données concernant les autres IST parmi les HSH en Belgique

Parmi les hommes diagnostiqués pour une IST en 2008 par le réseau sentinelle de cliniciens (Defraye et al., 2009a-b) et dont l’orientation sexuelle est connue, une petite majorité d’entre eux rapportent des contacts homo-/bisexuels. Cette proportion varie selon l’IST considérée : ils sont une majorité pour la syphilis et la gonorrhée (voir tableau 1)

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La syphilis est l’IST la plus diagnostiquée dans ce groupe, suivie de la gonorrhée.

Des cas de LGV (n=20) et d’hépatites C aiguës (n=6) ont été diagnostiqués majoritairement parmi des patients HSH séropositifs (Defraye et al., 2009b).

Données concernant les conditions de vie des HSH et FSF
Homophobie

Malgré des avancées sur le plan légal concernant les droits des homosexuels et une plus grande acceptation sur le plan social (voir le point 5.2), des constats et des données d’enquête montrent la persistance de l’homophobie et d’un état de malêtre pour une partie du public. Dans le cadre d’une enquête menée parmi les HSH en Communauté française en 2004, 25 % des répondants déclaraient avoir été victimes d’injures dans l’année, 4 % d’agressions physiques et 14 % d’autres formes d’hostilité en raison de leur orientation sexuelle (Martens et Huynen, 2006).

Un autre indicateur relatif à l’homophobie est fourni par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme : en 2007, 125 plaintes déposées auprès du Centre pour discriminations concernaient le motif «orientation sexuelle», ce qui représentait 5 % de l’ensemble des plaintes enregistrées et 11 % des plaintes non raciales (c’est le 2ème motif non racial de plaintes en ordre d’importance). Les domaines concernés étaient le «vivre ensemble» (36 plaintes), les biens et services (33 plaintes), les médias (25 plaintes) et l’emploi (25 plaintes, dont 13 pour harcèlement) (CECLR, 2008).

Dépression et suicide

Les HSH présentent une prévalence de dépression plus élevée et ils connaissent des épisodes dépressifs de manière plus précoce que la population hétérosexuelle (Adam, 2001). En Communauté Française, 51 % déclarent avoir fait une dépression au cours de leur vie (Martens et Huynen, 2006).

Des enquêtes principalement nord-américaines estiment que le risque de tentatives de suicide est de 4 à 7 fois supérieur parmi les hommes homosexuels en comparaison avec les hommes hétérosexuels. Les femmes homosexuelles présenteraient un risque accru de 40 % par rapport aux femmes hétérosexuelles (Firidion et Verdier, 2003). En Communauté française, 18 % des HSH déclaraient en 2004 avoir fait une tentative de suicide au cours de leur vie (Martens et Huynen, 2006).

Le manque de données concernant le VIH et les autres IST pour les FSF

Il existe peu de données concernant le VIH et les autres IST parmi les FSF. Ce manque de données ne peut conduire automatiquement à la conclusion d’une faible exposition des FSF aux IST, puisqu’il existe peu d’études sur le sujet et que les catégories épidémiologiques incluent rarement les rapports sexuels entre femmes. Le mode de transmission par contacts sexuels entre femmes peut être masqué par des facteurs de risque mieux connus, comme l’usage de drogues ou les rapports sexuels avec des hommes quand les femmes interrogées ont des partenaires des deux sexes. Le CDC estime que les données disponibles ne permettent pas de considérer que des cas de VIH par contacts sexuels entre femmes existent, mais que ces données ne permettent pas non plus d’exclure cette éventualité (CDC, 2006). Le risque pour d’autres IST est davantage documenté. Le moindre recours aux soins, notamment gynécologiques, des femmes lesbiennes renforce le manque de visibilité de leurs problèmes de santé (Marazzo, 2004). Le constat relatif au manque de données peut être répété concernant la santé mentale.

Sources
  • Sasse A., Defraye A., Buziarsist J., Van Beckhoven D., Wanyama S. Epidémiologie du Sida et de l’infection VIH en Belgique. Situation au 31 décembre 2007. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2008. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2008/037) [retour en haut]
  • Martens V., Huynen P. Connaissances et comportements des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes à l’égard du VIH/Sida en Communauté française de Belgique. Arch Public Health, 2006, 64, 13-26. [retour en haut]
  • Gennotte A.-F., Delforge M., Monheim M., Clumeck N. Quelques données choisies du Centre Elisa CHU Saint-Pierre – 2006 et 2007. In Sasse A., Defraye A., Buziarsist J., Van Beckhoven D., Wanyama S. Epidémiologie du SIDA et de l’infection VIH en Belgique. Situation au 31 décembre 2007. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2008. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2008/037) [retour en haut]
  • ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control)/WHO (World Health Organization) Regional Office for Europe : HIV/AIDS surveillance in Europe 2007. Stockholm, European Centre for Disease Prevention and Control, 2008. [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A., Bots J., Claes P., Ducoffre G., Lokietek S., Mak R., Van den Eynde S. Surveillance-IST, Belgique 2007, Rapport commun. Institut Scientifique de Santé Publique, Section épidémiologie, Bruxelles, 2009a. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/19) [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A. Surveillance des IST via un réseau sentinelle de cliniciens en Belgique. Rapport annuel 2008. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2009b. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/036)
  • CECLR (Centre pour l’Egalité des chances et la lutte contre le racisme). Discrimination-Diversité. Rapport 2007. Bruxelles, 2008. [retour en haut]
  • Adam P. Dépression, tentatives de suicide et prises de risque parmi les lecteurs de la presse gay française. In Vulnérabilité des jeunes gays et lesbiennes et risque de suicide, état de la question et pistes de prévention. Synthèse de la journée d’étude organisée le 17 juillet 2001, Observatoire du Sida et des Sexualités, Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles. [retour en haut]
  • Firidion J-M., Verdier E. Suicide et tentative de suicide chez les hommes à orientation homo-/bisexuelle. In Broqua C., Lert F. et Souteyrand, Y. (sous la direction de) Homosexualités au temps du Sida ; tensions sociales et identitaires. ANRS, Paris, 2003. [retour en haut]
  • CDC (Center for disease control and prevention). CDC HIV/ AIDS Fact Sheet. HIV/AIDS among women who have sex with women. June 2006. [retour en haut]
  • Marrazzo J-M. Barriers to infectious disease care among lesbians. Emerging infectious diseases, vol 10, N°11, November 2004. [retour en haut]

(1) Cette enquête est menée à l’initiative du Groupe de réflexion et de communication sur la séropositivité (GRECOS), composé de personnes séropositives et soutenu par la Plate-Forme Prévention Sida. Elle bénéficie de l’appui méthodologique de l’Observatoire du sida et des sexualités (FUSL) et du service communautaire de promotion de la santé SIPES (ULB). [retour en haut]

(2) Il s’agit des Etats membres de l’Union européenne au 1er janvier 2007 (27 pays), auxquels s’ajoutent trois pays de la European Free Trade Association (Norvège, Islande, Suisse). [retour en haut]

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