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2. Analyse de situation

Public cible : enfants et jeunes

Sur la base du diagnostic épidémiologique et social, le diagnostic comportemental a été construit en identifiant les comportements du public cible d’une part et ceux des acteurs, services et milieux de vie généralistes et spécifiques en lien avec ce public cible d’autre part. Les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels de ces différents comportements ont ensuite été recherchés et classés. La synthèse ci‑dessous reprend les éléments-clés de cette analyse en tentant de mettre en évidence les principaux acteurs et leurs interactions.

Les jeunes utilisent insuffisamment le préservatif : ils sont un peu plus de la moitié (56,5 %) à l’avoir utilisé lors du dernier rapport sexuel (Godin et al., 2008) ainsi que dans les 12 derniers mois (61 % dans l’enquête de santé par interview - Bayingana et al., 2006). Les garçons sont plus nombreux à déclarer l’avoir utilisé lors du dernier rapport sexuel en comparaison avec les filles. Les intervenants constatent que certains jeunes ont parfois des difficultés à refuser un rapport sexuel non désiré, ou encore qu’ils ont parfois des difficultés à négocier les modalités du rapport sexuel et/ou la protection de celui-ci. Ils constatent également chez certains jeunes une précocité croissante dans les comportements et dans les questions posées en matière de sexualité. La frontière entre élèves du primaire et du secondaire a donc tendance à s’atténuer. Des différences importantes sont constatées selon le type d’enseignement et les régions en ce qui concerne les interruptions volontaires de grossesse, les prises de risque , les connaissances et les questions posées. Par exemple Bruxelles et Charleroi semblent présenter des profils de jeunes plus précoces qu’ailleurs en Communauté française.

De plus, les jeunes recourent insuffisamment au test de dépistage du VIH et des autres IST en cas de prise de risque  : 12 % des 15-24 ans y ont recouru et parmi ceux-ci, le test remonte à plus d’un an dans 56 % des cas. Les filles sont proportionnellement plus nombreuses que les garçons à avoir effectué un test VIH (Bayingana et al., 2006).

Les facteurs éducationnels en lien avec l’utilisation du préservatif et le recours au dépistage sont notamment  l’influence – positive ou négative – des pairs et les capacités à rechercher des informations fiables.

Beaucoup d’acteurs en contact avec les jeunes jouent ou pourraient jouer un rôle en matière de prévention IST/Sida ou plus largement en matière d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (acteurs du milieu scolaire, parents, entourage, mouvements de jeunesse, milieu associatif pour les jeunes, lieux de sortie). Ce rôle peut consister à offrir une information et un dialogue ou, plus modestement, à orienter les jeunes vers des services compétents ou des sources d’information adéquates. Cependant, certains d’entre eux ne communiquent pas, ou pas adéquatement, sur ces sujets avec les jeunes, notamment parce que les représentations concernant les prises de risque  peuvent être très différentes pour le jeune et pour son interlocuteur. Un facteur transversal en lien avec ce déficit de communication est le fait que ces acteurs n’ont pas une perception claire du rôle qu’ils pourraient jouer à ce sujet, ni des complémentarités avec d’autres acteurs également en contact avec les jeunes.

Une série d’acteurs du milieu scolaire dont les missions intègrent la promotion de la santé rencontrent des difficultés spécifiques pour intégrer les questions d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle : manque de soutien de la part de la direction, du pouvoir organisateur, des parents, manque d’un programme officiel ou plus simplement manque de temps pour aborder tous les thèmes pertinents.

En ce qui concerne les intervenants en promotion de la santé et prévention IST/Sida, certains utilisent des stratégies peu adaptées au travail de prévention avec les jeunes (notamment utilisation inadéquate ou insuffisante de certains médias). Les mécanismes de concertation entre intervenants travaillant sur un même milieu de vie, quoique de plus en plus développés, sont encore parfois insuffisants.

Certains lieux de vie où évoluent les jeunes ne favorisent pas leur accès aux moyens préventifs : les préservatifs ne sont pas accessibles de manière discrète et/ou gratuite dans les écoles ou les lieux de loisirs, l’offre d’information en matière d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle est très variable selon les établissements scolaires et selon les filières d’enseignement, les services de dépistage anonyme et/ou gratuit ne sont pas répartis de manière uniforme sur le territoire. De plus, l’offre des différents services n’est pas toujours adaptée aux attentes des jeunes et est généralement plus limitée dans les petites villes ou en région rurale. L’accessibilité de ces services peut être amoindrie par le contrôle social exercé sur les jeunes par les adultes.

Les médias traditionnels ou présents sur Internet sont une source d’information importante pour les jeunes. Les séries télévisées et les films peuvent influencer de manière positive ou négative les attitudes et comportements des jeunes en matière de sexualité et de santé sexuelle. Beaucoup d’intervenants considèrent que la représentation omniprésente de la sexualité véhiculée par certains médias est inadéquate car en net décalage avec la réalité quotidienne des jeunes. En effet, ils soulignent la grande différence entre les attitudes et comportements de la majorité des jeunes à l’égard de la sexualité d’une part et les normes ambiantes véhiculées par les médias et notamment par Internet, d’autre part (accès à la pornographie, culte du corps et de la performance, agressivité, violence, hypersexualisation, etc.). En ce qui concerne les IST/Sida, les informations diffusées sont souvent ponctuelles, parfois incohérentes et peuvent être contre-productives en matière de prévention (banalisation ou au contraire dramatisation). Les journalistes s’impliquent peu dans la diffusion d’informations concernant la prévention.

Sur le plan politique sont principalement identifiés, en lien avec la problématique :

  • la politique de remboursement des soins de santé, qui ne permet pas aux mineurs de recourir à des services de soins et de dépistage gratuitement sans que leurs parents en soient informés ;
  • le remboursement du vaccin contre le papillomavirus (HPV) pour les jeunes filles de 12 à 18 ans ;
  • l’appel à projets lancé en 2008 relatif à la demande de bourses pour installer des distributeurs de préservatifs dans les centres de jeunes agréés, à l’initiative du Ministère de la jeunesse de la Communauté française ;
  • l’absence d’intégration d’activités d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle systématiques et de qualité dans les programmes scolaires.

Précision méthodologique
Pour réaliser une analyse de situation, les participants, lors de la construction du diagnostic comportemental, formulent les comportements des acteurs sous forme de problèmes, c’est-à-dire de manière négative, et avec un certain degré de généralité. Cette approche critique répond à une nécessité méthodologique : il s’agit à cette étape d’identifier les manquements et aspects à améliorer. Au moment de la formulation des objectifs opérationnels, ces comportements formulés négativement seront traduits de manière positive comme résultats à atteindre et comme activités à mettre en oeuvre.

 

Sources
  • Godin I., Decant P., Moreau N., de Smet P., Boutsen M. La santé des jeunes en Communauté française de Belgique. Résultats de l’enquête HBSC 2006. SIPES-ULB, Bruxelles, 2008.  [retour en haut]
  • Bayingana K., Demarest S., Gisle L., Hesse E., Miermans PJ., Tafforeau J., Van der Heyden J. Enquête de santé par interview 2004. Livre III : Styles de vie. Institut Scientifique de Santé Publique, Bruxelles, 2006. (IPH/EPI REPORTS N°2006 – 034) [retour en haut]
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Une analyse commune pour l'action (décembre 2009)

Cahier 2 : Enfants et jeunes

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Analyses complémentaires

L’analyse de situation pour le public enfants et jeunes est à mettre en relation avec d’autres analyses de situations avec lesquelles elle partage des problématiques communes, en particulier pour les publics :

 
Observatoire du sida et des sexualités - Facultés universitaires Saint-Louis
Bd. du Jardin Botanique, 43 - 1000 Bruxelles - tél: + 32 (0)2 211 79 10 - observatoire@fusl.ac.be