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4. Analyse de situation

Public cible : les migrants

Sur la base du diagnostic épidémiologique et social, le diagnostic comportemental a été construit en identifiant les comportements du public cible d’une part et ceux des acteurs, services et milieux de vie généralistes et spécifiques en lien avec ce public cible d’autre part. Les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels de ces différents comportements ont ensuite été recherchés et classés. La synthèse ci_dessous reprend les éléments-clés de cette analyse en tentant de mettre en évidence les principaux acteurs et leurs interactions.

Des données récentes manquent en ce qui concerne les comportements sexuels et les pratiques de protection des différents groupes de migrants. Les intervenants de terrain font le constat d’une utilisation insuffisante des préservatifs masculin et féminin (ce dernier est d’ailleurs peu accessible) et d’un recours insuffisant et tardif au dépistage du VIH et des autres IST (Favresse, 2007). Les patients séropositifs présentent parfois des difficultés d’adhésion aux traitements antirétroviraux. Pour de nombreux migrants, en particulier ceux arrivés récemment sur le territoire, le manque de maîtrise des langues nationales et du système administratif et médical belge ainsi que la précarité financière et sociale empêchent leur accès à des soins de qualité.

Certains déterminants de ces comportements sont d’ordre culturel : tabou de la sexualité et du Sida, croyances relatives à la maladie, au traitement et aux modes de transmission, valorisation de la fertilité et de la fécondité, moindres capacités de négociation du rapport sexuel et de la protection chez certaines femmes. Cependant, les intervenants insistent sur la nécessité de ne pas exagérer l’importance de la culture pour ce public : les Belges sont également influencés par des facteurs culturels qui façonnent leurs attitudes et comportements vis-à-vis de la prévention. Les trajectoires migratoires, les conditions de vie et les politiques en matière de migration sont des déterminants au moins aussi importants à prendre en compte.

Au sein des différentes communautés, les questions liées à la sexualité et au Sida sont peu abordées par les familles et l’entourage et les personnes séropositives peuvent parfois être stigmatisées, voire rejetées. Certains acteurs religieux (cultes officiels ou non) diffusent des discours qui à différents degrés peuvent être contre-productifs en matière de prévention : diffusion d’informations inadéquates concernant la prévention et le traitement, discours moralisateur en matière de sexualité et condamnation de certaines pratiques (homosexualité, sodomie, avortement, relations sexuelles hors mariage), valorisation de l’abstinence et de la fidélité au détriment du préservatif, déni de la réalité du Sida et du vécu des personnes séropositives. Les collaborations entre ces acteurs et les intervenants de la prévention sont rares.

Les migrants sont parfois confrontés à des professionnels psycho-médico-sociaux qui n’ont pas ou peu de compétences dans le domaine de la communication interculturelle et ne répondent pas adéquatement à leurs besoins en ce qui concerne le dépistage ou la prise en charge.

Les décisions du Ministère de l’Intérieur et de l’Office des étrangers en matière d’accès au territoire et de séjour (ordre de quitter le territoire, refus d’un titre de séjour) sont parfois perçues comme arbitraires par les intervenants. Pour ce qui a trait aux demandes de séjour pour motifs de santé, les décisions ne se basent pas toujours sur des informations correctes concernant l’accès aux soins et la qualité de ces soins dans les pays d’origine. Les démarches et les decisions administratives engendrent des incertitudes et du stress et ne permettent pas l’accès à des moyens de subsistance (via l’aide sociale) en dehors de l’accès aux soins (assuré par l’aide médicale urgente ou AMU). Ainsi, la précarité psychologique, sociale et économique dans laquelle vivent les personnes en situation temporaire nuit à leurs conditions de vie, à leur santé et entrave notamment leur adhésion au traitement. Les décisions d’expulsion peuvent en outre mettre en danger la santé physique et mentale, voire la vie, des migrants qui doivent interrompre ce traitement. Concernant les étudiants étrangers demandeurs de bourse d’études en Belgique, l’octroi de cette bourse est dans certains cas conditionné par la preuve du statut sérologique, demandée par le Ministère des affaires étrangères via les ambassades. Pour toutes les questions qui concernent l’accès à un titre de séjour, les intervenants déplorent un manque de concertation entre les ministères concernés : Affaires étrangères, Affaires sociales et santé, Emploi, Intérieur.

Des problèmes peuvent se poser dans certains CPAS : la loi sur l’aide médicale urgente (AMU) n’est pas appliquée systématiquement ni uniformément, l’intégralité de la prise en charge n’est pas toujours couverte, le secret professionnel n’est pas toujours respecté et les patients se voient parfois imposer un hôpital. De plus, des attitudes stigmatisantes et discriminatoires, voire racistes, sont parfois constatées.

Dans le domaine de la coopération au développement, les intervenants soulignent la difficulté à mettre en place des projets d’échange de pratiques entre les pays d’origine et les migrants installés en Belgique. En effet, les associations communautaires de base intègrent rarement les questions de prévention, d’accompagnement et de solidarité et s’engagent insuffisamment auprès des associations et des gouvernements des pays d’origine au sujet des questions liées au Sida. Le Ministère de la coopération au développement collabore peu avec les associations de prévention IST/Sida en Communauté française et soutient peu les programmes en matière de migration et développement qui prévoient la participation des migrants au développement des pays d’origine.

Dans certaines structures d’accueil pour demandeurs d’asile, les pratiques de dépistage des nouveaux arrivants sont systématiques et ne répondent pas aux critères de qualité. L’une des conséquences est la difficulté accrue pour les personnes dépistées séropositives de gérer les suites d’un diagnostic positif. L’accompagnement psycho-médico-social des patients séropositifs y est parfois inadéquat. Les actions de prévention en matière de santé sexuelle y sont insuffisantes.

Dans différents domaines de la vie sociale (soins, emploi, logement, services administratifs, etc.), les stéréotypes et les attitudes et comportements racistes ou xénophobes empêchent l’intégration des migrants les plus vulnérables.

Sur le plan institutionnel, plusieurs textes réglementaires nationaux et internationaux encadrent les politiques de migration, d’accueil et d’asile (notamment la Loi du 12 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers ou encore la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés). La problématique doit également être située dans un contexte politique national et européen de fermeture relative des frontières pour les migrants originaires de pays du Sud. 

Précision méthodologique
Pour réaliser une analyse de situation, les participants, lors de la construction du diagnostic comportemental, formulent les comportements des acteurs sous forme de problèmes, c’est-à-dire de manière négative, et avec un certain degré de généralité. Cette approche critique répond à une nécessité méthodologique : il s’agit à cette étape d’identifier les manquements et aspects à améliorer. Au moment de la formulation des objectifs opérationnels, ces comportements formulés négativement seront traduits de manière positive comme résultats à atteindre et comme activités à mettre en oeuvre.

Source
  • Favresse D. Sidsida – Dépistage VIH en Communauté française, période 2005-2006. Sipes, ULB-Promes, Septembre 2007. [retour en haut]
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Observatoire du sida et des sexualités - Facultés universitaires Saint-Louis
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