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4. Données épidémiologiques et sociales

Public cible : les migrants
Infection au VIH en Belgique parmi les personnes non belges

L’évolution de l’incidence du VIH parmi les personnes non belges depuis la fin des années nonante suit la même tendance à la hausse que les données d’incidence générale jusqu’en 2003 (voir figure 1). Alors que l’on comptait 262 nouveaux cas en 1997, l’incidence a régulièrement augmenté pour atteindre 533 cas en 2003 (soit plus du double par rapport à 1997). Une diminution est observée les années suivantes, jusqu’en 2007 où la courbe semble recommencer à augmenter, tout en se maintenant à moins de 500 cas (Sasse et al., 2008).

Parmi les personnes infectées depuis le début de l’épidémie en Belgique, 9284 ont une nationalité autre que belge, soit 60 % de l’ensemble des cas pour lesquels la nationalité est connue (n=15573). Pour la période 2005-2007, l’origine des personnes non belges diagnostiquées était (Sasse et al., 2008) :

  • Afrique subsaharienne : 70 % (pays les plus représentés : Congo, Cameroun, Rwanda).
  • Europe : 18 % (pays les plus représentés : Pays-Bas, France, Espagne, Portugal).
  • Afrique du Nord : 2 % (pays le plus représenté : Maroc).

Le mode de transmission prédominant est constitué par les contacts hétérosexuels qui représentent 64,5 % des cas ; viennent ensuite les contacts homo-/bisexuels (10,7 %). L’injection de drogues par voie intraveineuse concerne 0,4 % des cas. En termes d’évolution des modes de transmission, on constate :

  • une diminution des infections liées à l’usage de drogues par voie intraveineuse depuis la fin des années nonante ;
  • une légère diminution de la proportion d’infections par contacts hétérosexuels depuis 2004 ;
  • une augmentation de la proportion d’infections par contacts homo-/bisexuels depuis 2005 ;
  • une diminution des cas de transmission verticale à partir de 2004 puis une augmentation en 2007.

Le nombre d’hommes infectés est quasiment équivalent au nombre de femmes (le sex-ratio est de 1,0). Le groupe d’âge le plus touché est celui des 35-39 ans chez les hommes et celui des 30-34 ans chez les femmes (années 2005-2007).

Les données de prévalence sont rares. La prévalence du VIH parmi les demandeurs de test non belges dans les centres de dépistage spécialisés en Communauté française était de 2,4 % en 2007 (Favresse, 2007).

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Figure 1 : Evolution de l’incidence* du VIH par année et proportion d’infections
chez les personnes belges et non belges (Source : ISP 2008)

Données concernant les migrants séropositifs suivis médicalement en Belgique

En 2007, sur les 9351 patients suivis médicalement en Belgique, 41 % étaient originaires d’un autre pays que la Belgique ; 31 % de l’ensemble des patients provenaient d’un pays d’Afrique subsaharienne (Sasse et al., 2008).

Sur les 3892 cas de Sida notifiés entre 1983 et 2008, 53 % (n=2070) avaient une nationalité autre que belge et provenaient majoritairement d’Afrique subsaharienne. Soixante-trois pour cent des malades non belges résidaient en Région bruxelloise au moment du diagnostic et environ 18 % dans chacune des deux autres Régions. A la fin de l’année 2007, 837 malades du Sida non belges étaient encore en vie et suivis médicalement.

Evolution de l’infection au VIH pour les personnes migrantes en Europe

Au niveau européen, dans les pays de l’Union/EFTA(1), parmi les contaminations par voie hétérosexuelle, la proportion de cas originaires de pays avec épidémies généralisées a varié entre 38 et 41 % entre 2003 et 2007 (ECDC/WHO, 2008).

Données concernant les autres IST parmi les personnes non belges

Parmi les patients diagnostiqués pour une IST autre que le VIH en 2008, 22 % étaient d’une nationalité autre que belge (Defraye et al., 2009).

Parmi les demandeurs de test VIH dans les centres de dépistage VIH spécialisés, les étrangers sont 5,3 % à déclarer avoir contracté une IST dans les douze derniers mois (contre 2,8 % parmi les demandeurs belges). Ils sont 15,5 % à déclarer avoir contracté une IST au cours de la vie (contre 12,5 % parmi les Belges) (Favresse, 2007).

Données concernant les conditions de vie des migrants

La catégorie de population envisagée sous l’intitulé «migrants» est très vaste et les profils sociologiques auxquels elle renvoie sont très diversifiés en termes d’origines géographique et sociale, d’ancienneté sur le territoire belge, de ressources socio-économiques et de statut de séjour notamment.

Les intervenants insistent sur deux constats qui guident leur réflexion et leur action. Premièrement, les personnes migrantes ont généralement un accès moindre à la prévention et aux soins en comparaison des Belges. Deuxièmement, certaines catégories de migrants sont davantage vulnérables et doivent faire l’objet d’une attention particulière : ce sont essentiellement les primo-arrivants et les personnes sans titre de séjour, mais d’autres paramètres sont également pris en compte, comme celui du genre ou de la culture. La notion de vulnérabilité est complexe et guide à la fois la définition des problématiques et la mise en place des interventions. Parmi les nombreux indicateurs de vulnérabilité permettant de caractériser les conditions de vie de la population étrangère en général, les intervenants ont retenu la précarité, l’illettrisme et le racisme.

En ce qui concerne la précarité, on peut citer le taux de chômage qui s’élève à 23 % parmi les étrangers. Il est le plus élevé chez les Congolais et les Algériens (SPF Economie, 2008). Les ouvriers représentent 53 % des actifs et le taux d’activité féminine est de 38 %. Rappelons par ailleurs que 30 % des personnes originaires d’un pays hors de l’Union européenne vivent sous le seuil de pauvreté (Direction Générale Emploi et marché du travail, 2008). Les étrangers en séjour irrégulier vivent dans des conditions particulièrement difficiles : une enquête menée parmi un échantillon (n=202) non représentatif de cette population montre que 54,5 % déclarent bénéficier d’un logement fixe, 35,5 % d’un logement précaire et 9 % se disent sans logement. Une minorité (40 %) déclare exercer une activité professionnelle. Quarante pour cent ont reçu un ordre de quitter le territoire (Chauvin et al., 2007).

L’illettrisme a des conséquences directes et importantes sur l’état de santé des personnes et sur leurs possibilités d’accès aux soins. Selon une enquête réalisée par l’association Lire et Ecrire (2006), sur 14739 apprenants en 2005-2006, 76 % étaient de nationalité étrangère, avec dans les 24 % restants une grande proportion de Belges d’origine étrangère. Dix neuf pour cent des apprenants étrangers étaient des réfugiés ou des demandeurs d’asile.

Les migrants subissent des discriminations et des attitudes et comportements racistes dans différents domaines : emploi, logement, soins, vie quotidienne. Le racisme peut se cumuler avec d’autres motifs de discrimination : usage de drogues, orientation sexuelle et état de santé notamment.

Sources
  • Sasse A., Defraye A., Buziarsist J., Van Beckhoven D., Wanyama S. Epidémiologie du Sida et de l’infection VIH en Belgique. Situation au 31 décembre 2007. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2008. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2008/037) [retour en haut]
  • Favresse D. Sidsida – Dépistage VIH en Communauté française, période 2005-2006. Sipes, ULB-Promes, Septembre 2007. [retour en haut]
  • ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control)/WHO (World Health Organization) Regional Office for Europe : HIV/AIDS surveillance in Europe 2007. Stockholm, European Centre for Disease Prevention and Control, 2008. [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A., Bots J., Claes P., Ducoffre G., Lokietek S., Mak R., Van den Eynde S. Surveillance-IST, Belgique 2007, Rapport commun. Institut Scientifique de Santé Publique, Section épidémiologie, Bruxelles, 2009a. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/19) [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A. Surveillance des IST via un réseau sentinelle de cliniciens en Belgique. Rapport annuel 2008. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2009b. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/036)
  • Service public fédéral (SPF) économie. Rapport annuel pour l’année 2007. Direction Générale emploi et marché du travail, Bruxelles, 2008. [retour en haut]
  • Service public fédéral (SPF) emploi, travail et concertation sociale. L’immigration en Belgique. Effectifs, mouvements et marché du travail. Rapport 2008. Direction Générale emploi et marché du travail, Bruxelles, 2009. [retour en haut]
  • Chauvin P., Parizot I., Drouot N., Simonnot N., Tomasino A. Il faut forger le respect et non la peur. Enquête européenne sur l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière, Observatoire européen de l’accès aux soins de Médecins du Monde, 2007. [retour en haut]

 


(1) Il s’agit des Etats membres de l’Union européenne au 1er janvier 2007 (27 pays), auxquels s’ajoutent trois pays de la European Free Trade Association (Norvège, Islande, Suisse).

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