Outils personnels

1. Analyse de situation

Public cible : la population générale

 Sur la base du diagnostic épidémiologique et social, le diagnostic comportemental a été construit en identifiant les comportements du public cible d’une part et ceux des acteurs, services et milieux de vie généralistes et spécifiques en lien avec ce public cible d’autre part. Les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels de ces différents comportements ont ensuite été recherchés et classés. La synthèse ci‑dessous reprend les éléments-clés de cette analyse en tentant de mettre en évidence les principaux acteurs et leurs interactions.

La population générale utilise le préservatif de manière insuffisante ou inadéquate (Bayingana et al., 2006) : parmi les personnes sexuellement actives n’ayant pas de partenaire stable, 56 % déclarent l’utiliser comme moyen de protection contre les IST. Elle recourt insuffisamment au dépistage du VIH et des autres IST : 23 % de la population belge des 15 ans et plus a effectué au moins une fois un test du VIH dans sa vie et parmi ces 23 %, près de trois quarts des personnes ont effectué le test il y a plus d’un an. De plus, la population générale fait preuve d’attitudes discriminatoires vis-à-vis des personnes séropositives : 69 % des répondants de l’enquête de santé par interview acquiescent à une ou plusieurs affirmations à caractère discriminatoire(2). Ces attitudes discriminatoires se manifestent également vis-à-vis d’autres publics particulièrement touchés par le VIH (homosexuels, usagers de drogues, prostituées, migrants). En cas de prise de risque, le recours au traitement post-exposition, encore peu connu par la population et les professionnels, est rarement envisagé. Ces comportements et attitudes peuvent être mis en relation avec de nombreux facteurs et peuvent varier selon les publics cibles considérés (voir les cahiers 2 à 10 pour les analyses de situations par publics cibles spécifiques). De manière générale, les connaissances relatives aux IST/ Sida sont l’un des déterminants associés à l’utilisation du   préservatif, au recours au dépistage et à la discrimination. A ce sujet, l’enquête de santé par interview (Bayingana et al., 2006) indique que seuls 33 % de la population de 15 ans et plus reconnaît les contacts non contaminants pour la transmission du VIH et que malgré une amélioration entre 1997 et 2004, seuls 56 % parviennent à identifier les méthodes de protection efficaces contre l’infection.

Certains médecins non spécialisés dans le traitement du VIH et des autres IST ont parfois tendance à dépister les patients de manière inadéquate, par manque de compétence spécifique ; cette inadéquation peut prendre plusieurs formes :

  • ne pas proposer de test alors que le patient a effectivement pris des risques, appartient à un groupe particulièrement exposé ou traverse une situation qui le rend vulnérable. La méconnaissance des données épidémiologiques ou le manque de capacité pour aborder les questions liées à la sexualité avec le patient sont des facteurs qui peuvent expliquer ce constat ;
  • à l’inverse, dépister un patient sans que cela se justifie (c’est notamment souvent le cas en contexte pré-opératoire, car beaucoup de médecins estiment que la connaissance du statut sérologique les prémunira contre un accident d’exposition professionnel) ;
  • dépister le patient à son insu ou sans son consentement éclairé ;
  • réaliser un test sans un counseling au moment du dépistage et/ou au moment de la remise du résultat, que celui-ci soit positif ou négatif.

Ces médecins intègrent généralement peu la prévention des IST/Sida et la réduction des risques et n’orientent pas toujours adéquatement les personnes en demande d’information ou d’accompagnement.

Les intervenants en promotion de la santé estiment ne pas toujours détenir toutes les compétences nécessaires et ainsi avoir parfois des difficultés pour développer des stratégies de lutte contre les discriminations, de prévention et d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle adaptées à la population générale. Ces difficultés sont renforcées par le fait que l’intérêt pour les campagnes de prévention est insuffisant, ce que semblent confirmer les résultats d’une enquête française qui montrent que seuls 31 % des répondants se sentent concernés par de telles campagnes (Beltzer et al., 2005). Certains des messages qu’ils diffusent peuvent manquer de cohérence en l’absence de consensus ; c’est notamment le cas pour les risques de transmission liés au sexe oral ou encore le recours au traitement post-exposition. Un déficit de concertation explique ces incohérences, mais des initiatives ont permis de les réduire ces dernières années.

Certains médias grand public développent insuffisamment l’information relative aux IST/Sida. Lorsqu’ils abordent le sujet, ils ont tendance à le faire de manière inadéquate, en simplifiant les problèmes, en faisant des raccourcis ou des conclusions hâtives : le fait d’insister sur les progrès en matière de vaccin ou de n’envisager que la situation de l’épidémie dans d’autres régions du monde peut avoir comme effet d’occulter la réalité de l’épidémie en Belgique et de contribuer au climat de banalisation. Ils relayent et visibilisent également peu les  actions de prévention et de lutte contre les discriminations existantes, sauf de manière ponctuelle à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida le 1er décembre. Ces constats s’expliquent entre autres par le manque de formation de certains journalistes en matière de santé, par la recherche de sensationnalisme de certains médias ou encore par l’utilisation de sources d’information peu fiables.

Les intervenants estiment qu’une série d’acteurs généralistes en contact avec des individus potentiellement vulnérables et concernés par le Sida et les autres IST pourraient jouer un rôle en matière de prévention ou de lutte contre les discriminations mais s’impliquent insuffisamment ou de manière inappropriée dans les actions : c’est le cas de certains pharmaciens, des acteurs des milieux de loisirs, des milieux de l’éducation ou de la formation initiale et continue, des entreprises publiques, des services administratifs de proximité ou encore des acteurs commerciaux.

Sur le plan de l’environnement, la prévention des IST/ Sida manque de visibilité et l’accessibilité du dépistage et des moyens de prévention peut être insuffisante. Les outils didactiques pour les différents professionnels généralistes sont également peu disponibles.

Sur le plan institutionnel, la loi anti-discrimination du 10 mai 2007 permet notamment de porter plainte auprès du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR) en cas de discrimination sur la base de l’état de santé.

Sources
  • Bayingana K., Demarest S., Gisle L., Hesse E., Miermans PJ., Tafforeau J., Van der Heyden J. Enquête de santé par interview 2004. Livre III : Styles de vie. Institut Scientifique de Santé Publique, Bruxelles, 2006. (IPH/EPI REPORTS N°2006 – 034) [retour en haut]
  • Beltzer N., Lagarde M., Wu-Zhou X., Grémy I. Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/Sida en France en 2004. ORS, ANRS, INPES, Paris, 2005. [retour en haut]

(2) Ces affirmations portent sur le fait d’accepter de partager un repas avec une personne séropositive, de laisser ses enfants en compagnie d’une personne séropositive, la possibilité pour un patron de licencier une personne atteinte du Sida, le droit d’être averti de la séropositivité d’un collègue même sans son consentement, la possibilité de traduction en justice des personnes séropositives qui ont des rapports sexuels sans protection.

Actions sur le document
Se connecter


Mot de passe oublié ?
Une analyse commune pour l'action (décembre 2009)

Cahier 1 - La population générale

Cahier 1

Télécharger

Analyses complémentaires

L’analyse de situation pour la population générale est à mettre en relation avec l’ensemble des autres analyses de situations.

 
Observatoire du sida et des sexualités - Facultés universitaires Saint-Louis
Bd. du Jardin Botanique, 43 - 1000 Bruxelles - tél: + 32 (0)2 211 79 10 - observatoire@fusl.ac.be