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1. Données épidémiologiques et sociales

Public cible : la population générale
Infection au VIH dans le monde

Pour l’année 2007, le nombre de personnes vivant avec le VIH était estimé par l’ONUSIDA à 33 millions, le nombre de nouvelles infections à 2,7 millions et le nombre de personnes décédées du Sida à 2 millions (ONUSIDA, 2008).

L’Afrique subsaharienne est la région du monde la plus fortement touchée, avec 67 % des personnes vivant avec le VIH et 75 % des décès dus au Sida en 2007. Dans d’autres régions, on observe des augmentations particulièrement préoccupantes, notamment en Fédération de Russie et en Indonésie.
Les femmes constituent la moitié de l’ensemble des personnes vivant avec le VIH dans le monde. Les jeunes de 15 à 24 ans représentent environ 45 % des nouvelles infections dans le monde.
Infection au VIH en Europe.

Infection au VIH en Europe

Au niveau européen (ECDC/WHO, 2008), en 2007, dans les pays de l’Union/EFTA(1), 26279 nouveaux cas d’infection ont été enregistrés, soit un taux de 64,1 par million d’habitants. Les 15-29 ans représentaient 28 % des cas et la proportion de femmes était de 31 %. Le mode de transmission prédominant était les contacts sexuels entre hommes (39 %), suivi des rapports hétérosexuels (29 %) et de l’usage de drogues par voie intraveineuse (9 %).

L’évolution des modes de transmission ces quatre dernières années présente les tendances suivantes (voir figure 1) :

  • augmentation des cas d’infection par contacts homosexuels ;
  • augmentation puis diminution des cas d’infection par contacts hétérosexuels (parmi ceux-ci, on constate une légère diminution des cas d’infection parmi les personnes originaires de pays où l’épidémie est généralisée – ces données ne sont pas présentées dans la figure 1) ;
  • légère diminution des cas d’infection par injection de drogues ;
  • stabilité à un niveau bas des contaminations de la mère à l’enfant (transmission verticale).

 

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Figure 1 : Evolution de l’incidence du VIH en Europe (pays Union/EFTA) par mode de transmission, 2003-2007
(Source : ECDC 2008)

Infection au VIH en Belgique en population générale

L’évolution de l’incidence du VIH ces cinq dernières années se caractérise par une stabilisation à un niveau élevé (voir fig 2). Les années 2003, 2005, 2007 et 2008 ont connu les plus hautes incidences de l’histoire de l’épidémie (entre 1053 et 1079 nouveaux cas diagnostiqués selon les années), ce qui correspond à une moyenne d’environ trois contaminations par jour. Cette stabilisation fait suite à une forte augmentation observée entre les années 1997 et 2000 (augmentation de 36 %) et à une augmentation plus modérée entre 2000 et 2003 (11 %) (Sasse et al., 2008).

Depuis le début de l’épidémie jusqu’au 31 décembre 2008, entre 21099 et 22236 personnes ont été diagnostiquées séropositives au VIH. Les hommes sont plus nombreux que les femmes (le sex-ratio est de 1,7). Les tranches d’âge les plus touchées sont les 30-34 ans chez les hommes et les 25-29 ans chez les femmes. Durant la même période, 3892 diagnostics de Sida ont été notifiés.

Le profil de l’épidémie est très différent selon l’origine des personnes diagnostiquées en ce qui concerne le sexe et les modes de transmission (voir figures 3 et 4) : en 2007, parmi les personnes d’origine belge pour lesquelles les informations concernant le sexe et le mode de transmission sont connues (n=320) :

  • les hommes sont nettement plus touchés que les femmes : le sex-ratio est de 7,4 ;
  • les contacts homosexuels sont le mode de transmission prédominant (63 %).
Pour la même année, parmi les personnes d’autres nationalités pour lesquelles les informations concernant le sexe et le mode de transmission sont connues (n=429) :
  • les hommes et les femmes sont touchés de manière quasiment égale : le sex-ratio est de 1,2 ;
  • les contacts hétérosexuels sont le mode de transmission prédominant (71 %).

En 2007, 9351 patients ont été suivis médicalement (Sasse et al., 2008). Parmi ceux-ci, 42 % ont été infectés par contacts hétérosexuels, 27 % par contacts homosexuels et 2,5 % par injection de drogues. Quarante pour cent étaient de nationalité belge et 31 % étaient originaires de pays d’Afrique subsaharienne.

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Figure 2 : Evolution de l’incidence du VIH par mode de transmission, 1985-2008, Belgique
(Source : ISSP 2009)

 

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Figure 3 : Répartition des patients par sexe selon la nationalité, Belgique, 2007
(Source : ISSP 2009)

 

 

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Figure 4 : Répartition des patients par mode probable de transmission selon la nationalité, Belgique, 2007
(Source : ISSP 2009)

 

Données concernant les autres IST en Belgique en population générale

Les données concernant les IST proviennent du réseau sentinelle de cliniciens et du réseau des laboratoires vigies (Defraye et al., 2009a-b).

Durant l’année 2008, le réseau sentinelle de cliniciens en Belgique a enregistré un ou plusieurs diagnostics d’IST chez 727 patients (Defraye et al., 2009b). Les données de ce réseau apportent des détails sur le profil de ces patients :

  • le nombre d’hommes et de femmes est quasiment équivalent (respectivement 362 et 365) ;
  • chez 5 % des patients, plusieurs diagnostics d’IST ont été posés simultanément ;
  • 75 % des patients étaient de nationalité belge ;
  • 40 % des hommes mentionnent une orientation hétérosexuelle et 54 % une orientation homo-/bisexuelle (l’information est manquante dans 7 % des cas) ;
  • 90 % des femmes mentionnent une orientation hétérosexuelle (l’information est manquante dans 9 % des cas) ;
  • l’IST la plus fréquente est la Chlamydia chez les femmes, la syphilis chez les hommes homo-/bisexuels et les condylomes chez les hommes hétérosexuels ;
  • pour les infections à Chlamydia, la tranche d’âge la plus représentée chez les femmes est celle des 15-24 ans et chez les hommes, celle des 25-34 ans.

Les données provenant du réseau des laboratoires vigies (Defraye et al., 2009a) apportent des informations sur les évolutions des principales IST au cours des dernières années :

  • A partir de l’année 2001, une augmentation de l’incidence de la syphilis est observée jusqu’en 2005, suivie d’une diminution entre 2005 et 2006 et d’une nouvelle augmentation depuis 2006. Cette augmentation concerne surtout la Flandre, qui a enregistré 279 diagnostics en 2007 contre 118 en Communauté française (Région bruxelloise incluse). Les hommes sont nettement plus touchés que les femmes.
  • Une augmentation des diagnostics de gonorrhée est également observée depuis le début des années 2000 et cette augmentation s’accélère depuis 2004. En 2007, plus de la moitié des 585 diagnostics sont posés en Flandre (n=333), 28 % en Région bruxelloise (n=163) et 12,5 % en Wallonie (n=73). Les hommes sont plus touchés que les femmes. L’augmentation récente constatée chez les femmes concerne la tranche d’âge des 25-44 ans. Chez les hommes, l’augmentation récente concerne surtout les plus de 45 ans.
  • Une augmentation importante d’infections à Chlamydia a été enregistrée entre 2000 et 2005 en particulier chez les femmes. Une stabilisation est ensuite observée en 2005-2006, suivie d’une reprise à la hausse depuis 2006 qui concerne les deux sexes. Le nombre total d’infections enregistré en 2007 est de 2480.

NB : pour la gonorrhée et la Chlamydia, l’augmentation observée entre 2000 et 2005 est, au moins partiellement, liée à l’introduction de méthodes de tests plus sensibles remboursées depuis décembre 2001.

Données concernant les conditions de vie de la population générale


Les données épidémiologiques présentées ci-dessus montrent que la situation en Belgique est celle d’une prévalence du VIH relativement faible en population générale. Néanmoins, les intervenants mettent en évidence plusieurs constats et indicateurs qui montrent la nécessité d’analyser la population générale comme public cible de la prévention :

  • Tout individu, qu’il puisse ou non être classé dans tel ou tel public cible, est susceptible de traverser des situations qui le rendent plus vulnérable vis-à-vis des IST/Sida. Les fragilités biographiques (Delor et Hubert, 2004) liées à des événements de vie (nouvelle rencontre ou rupture amoureuses, deuil, perte d’emploi,…), des problèmes de santé mentale (dépression, manque d’estime de soi,…) notamment peuvent expliquer en partie des prises de risque en matière de santé.
  • La population générale inclut les différents publics cibles ; parmi ceux-ci, certains sous-groupes et certains individus échappent aux programmes de prévention spécifiques et ne peuvent être atteints que par des canaux de communication grand public ou des relais généralistes.
  • Dans le cadre de l’enquête de santé par interview de 2004 (Bayingana et al., 2006), 7 % des répondants déclaraient être sexuellement actifs sans être engagés dans une relation stable. Ils sont considérés comme un groupe de population présentant un risque potentiel d’infection par une IST plus élevé que les répondants engagés dans une relation stable ou sexuellement inactifs. Certaines personnes peuvent aussi être plus vulnérables à la suite d’une expérience de rupture (Marquet et al., 1994) ; un indicateur qui peut être pris en compte à ce sujet est le nombre de divorces, même s’il ne recouvre pas l’ensemble des situations de rupture. Or ce nombre est élevé (35366 en 2008) en regard du nombre de mariages (45613 la même année) (SPF Economie, P.M.E., Classes moyennes et Energie, 2009).
  • Les discriminations vis-à-vis des personne séropositives ainsi que le racisme, le sexisme, l’homophobie et d’autres formes d’exclusion à l’égard de différents groupes de population (usagers de drogues, prostitué/es) contribuent à l’exclusion et à la vulnérabilité des individus, notamment en matière de santé.
  • Une proportion non négligeable de personnes ignorent qu’elles sont séropositives pour le VIH. Au niveau européen, la proportion de personnes non diagnostiquées parmi l’ensemble des personnes infectées est estimée à 30 % (Hamers et al., 2006). En Belgique, malgré une nette diminution observée ces dix dernières années, plus d’une infection au VIH sur cinq est diagnostiquée très tardivement (Sasse et al., 2008). L’ignorance de son statut sérologique empêche les personnes de bénéficier de soins appropriés et d’adopter des mesures de protection pour elles-mêmes et leurs partenaires.
  • La sexualité est fortement médiatisée, notamment sur Internet, mais les intervenants estiment qu’il reste difficile d’aborder les questions de vie affective, relationnelle et sexuelle dans une optique de prévention et de promotion de la santé. Stratégies concertées IST/Sida – Une analyse commune pour l’action
Sources
  • ONUSIDA. Rapport sur l’épidémie mondiale de Sida. Genève, 2008. [retour en haut]
  • ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control)/WHO (World Health Organization) Regional Office for Europe : HIV/AIDS surveillance in Europe 2007. Stockholm, European Centre for Disease Prevention and Control, 2008. [retour en haut]
  • Sasse A., Defraye A., Buziarsist J., Van Beckhoven D., Wanyama S. Epidémiologie du Sida et de l’infection VIH en Belgique. Situation au 31 décembre 2007. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2008. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2008/037) [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A., Bots J., Claes P., Ducoffre G., Lokietek S., Mak R., Van den Eynde S. Surveillance-IST, Belgique 2007, Rapport commun. Institut Scientifique de Santé Publique, Section épidémiologie, Bruxelles, 2009a. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/19) [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A. Surveillance des IST via un réseau sentinelle de cliniciens en Belgique. Rapport annuel 2008. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2009b. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/036)
  • Delor, F. et Hubert, M. Un réexamen du concept de «vulnérabilité» pour la recherche et la prévention du VIH/Sida. Observatoire du sida et des Sexualités, Bruxelles, 2004. [retour en haut]
  • Bayingana K., Demarest S., Gisle L., Hesse E., Miermans PJ., Tafforeau J., Van der Heyden J. Enquête de santé par interview 2004. Livre III : Styles de vie. Institut Scientifique de Santé Publique, Bruxelles, 2006. (IPH/EPI REPORTS N°2006 – 034) [retour en haut]
  • Marquet J., Hubert M., Peto D. Comportements sexuels et réactions au risque du Sida en Belgique : spécificités bruxelloises. Rapport à la Région de Bruxelles-Capitale. Centre d’études sociologiques, Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 1994. [retour en haut]
  • SPF Economie, P.M.E., Classes moyennes et Energie. Statistiques de population : mariages, divorces et cohabitation légale, 2009 (www.statbel.fgov.be). [retour en haut]
  • Hamers F., Devaux I., Alix J., Nardone A. HIV/Aids in Europe: trends and EU-wide priorities. Eurosurveillance 2006 ; 11(11), Novembre 2006. [retour en haut]

 


(1) Il s’agit des Etats membres de l’Union européenne au 1er janvier 2007 (27 pays), auxquels s’ajoutent trois pays de la European Free Trade Association (Norvège, Islande, Suisse). [retour en haut]

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