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3. Données épidémiologiques et sociales

Public cible : les personnes séropositives
Caractéristiques des personnes séropositives en Belgique 

Depuis le début de l’épidémie jusqu’au 31 décembre 2008, entre 21099 et 22236 personnes ont été diagnostiquées séropositives. Pour la même période, 3892 diagnostics de Sida ont été notifiés (Sasse et al., 2008). Parmi les personnes diagnostiquées séropositives, une partie sont décédées et d’autres ne vivent plus sur le territoire belge. Par ailleurs, une fraction de la population générale est séropositive sans le savoir. Il n’est donc pas possible de déterminer avec précision combien de personnes vivent aujourd’hui avec le VIH en Belgique. 

Néanmoins, l’Institut scientifique de santé publique rapporte qu’en 2007, 9351 patients ont été suivis médicalement en Belgique. Les hommes étaient un peu plus nombreux que les femmes (le sex-ratio était de 1,58). L’âge moyen des patients masculins était de 43 ans et celui des patientes de 38,9 ans. En termes de modes de transmission, les patients infectés par contacts hétérosexuels représentaient 41,6 %, par contacts homo-/bisexuels 26,8 % et par injection de drogues en intraveineuse 2,4 %. Quarante pour cent étaient d’origine belge, 6 % d’un autre pays européen et 31 % étaient originaires d’Afrique subsaharienne (Sasse et al., 2008).

Données concernant les co-infections au VIH et autres IST en Belgique

Pour l’année 2008, parmi les patients atteints d’une IST et dont le statut sérologique au VIH est connu (n=518), 21 % étaient séropositifs (n=111). Parmi ceux-ci, 93 % étaient des hommes (n=103) dont une majorité d’homo-/bisexuels (n=98). Parmi les patients séropositifs au VIH chez qui une autre IST a été diagnostiquée, un peu moins de la moitié étaient porteurs de la syphilis (46,2 %). La gonorrhée, l’infection à Chlamydia et le Lymphogranuloma Venerum (LGV) constituaient chacun environ 13 % des cas (Defraye et al., 2009a-b). 

Données concernant les conditions de vie des personnes séropositives 

On dispose de peu de données sur les conditions de vie des personnes séropositives en Communauté française. Une enquête en cours(1) devrait permettre de combler partiellement ce manque de données, notamment en ce qui concerne la question des discriminations que ces personnes rencontrent. Les intervenants spécialisés dans l’accompagnement et la prise en charge des personnes séropositives font les constats suivants : 

  • Les conditions socio-économiques dans lesquelles vivent les personnes séropositives sont très variables selon les individus et les sous-groupes. Certaines vivent en situation de grande précarité, celle-ci pouvant précéder la séropositivité, être aggravée par elle ou encore en être une conséquence.
  • La précarité concerne l’état psychologique, l’environnement social, le statut socio-économique et le plus souvent plusieurs critères se cumulent et se renforcent. Certaines personnes vivent dans des conditions de précarité extrêmes lorsque la séropositivité se cumule avec un handicap mental, des difficultés sur le plan psychiatrique ou psychologique ou la dépendance économique et/ou relationnelle vis-à-vis des tiers.
  • Il faut envisager la qualité de vie comme une notion dynamique, qui n’est pas définie une fois pour toutes et qui peut varier en fonction du moment dans la trajectoire des personnes, par exemple selon l’ancienneté du diagnostic. 
  • Les effets secondaires des traitements ont un impact sur la qualité de vie et l’adhésion au traitement. 

L’enquête française ANRS-VESPA (Peretti-Vatel et al., 2008) fournit plusieurs éléments relatifs à la santé des personnes séropositives et confirme les constats de terrain :

  •  Les patients séropositifs en général présentent des troubles liés à l’anhédonie (perte de la capacité à éprouver du plaisir) ; ils ont également des taux d’anxiété et de dépression plus importants qu’en population générale. 
  • Ces troubles sont positivement corrélés notamment avec l’existence d’effets secondaires des traitements antirétroviraux, un faible niveau de diplôme, le fait d’être sans emploi, d’habiter dans un logement précaire et avec la faiblesse du soutien social. 
  • Plus d’un patient séropositif sur cinq a déjà tenté de se suicider. Le fait d’avoir été victime de discriminations, le fait de percevoir des modifications physiques comme conséquence du traitement et certains troubles de santé mentale sont des facteurs associés avec ces tentatives de suicide.
  •  La qualité de vie (évaluation de la mesure dans laquelle la maladie et les traitements affectent la vie quotidienne des patients, sur les plans physique et psychique) est fortement dégradée chez un patient sur deux. 
  • Un peu plus d’un patient sur cinq déclare avoir été sexuellement inactif dans les douze mois précédant l’enquête. Parmi ceux qui ont été sexuellement actifs pendant cette période, deux patients sur trois se disent satisfaits de leur activité sexuelle. La moitié des patients de l’échantillon ont donc une vie sexuelle active et satisfaisante. L’inactivité sexuelle est plus précoce parmi les personnes séropositives en comparaison de la population générale. Ces taux d’inactivité sont associés avec un faible niveau de diplôme, l’âge, l’absence de vie en couple, le fait d’avoir un système immunitaire dégradé et la perception d’effets secondaires gênants. 

Les enfants et adolescents séropositifs et leur entourage sont confrontés à des problèmes spécifiques : 

  • Pour les enfants nés de parents séropositifs qui reçoivent un diagnostic séronégatif à la naissance, ce n’est qu’après dix-huit mois que ce diagnostic pourra être confirmé. Les parents sont ainsi confrontés à une longue attente dans l’incertitude et l’angoisse. 
  • Certains adolescents séropositifs connaissent le décrochage scolaire, ce qui a un impact notamment sur l’adhésion au traitement. 
  • Les adolescents séropositifs rencontrent des difficultés à se projeter dans l’avenir (notamment sur les plans affectif ou professionnel) et leurs parents rencontrent également des difficultés à former pour eux des projets d’avenir. 
  • Les mineurs non accompagnés (MNA) cumulent les vulnérabilités. 
Sources
  • Sasse A., Defraye A., Buziarsist J., Van Beckhoven D., Wanyama S. Epidémiologie du Sida et de l’infection VIH en Belgique. Situation au 31 décembre 2007. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2008. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2008/037) [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A., Bots J., Claes P., Ducoffre G., Lokietek S., Mak R., Van den Eynde S. Surveillance-IST, Belgique 2007, Rapport commun. Institut Scientifique de Santé Publique, Section épidémiologie, Bruxelles, 2009a. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/19) [retour en haut]
  • Defraye A., Buziarsist J., Sasse A. Surveillance des IST via un réseau sentinelle de cliniciens en Belgique. Rapport annuel 2008. Institut Scientifique de Santé Publique, Section Épidémiologie, Bruxelles, 2009b. (IPH/EPI REPORTS Nr. 2009/036)
  • Peretti-Watel P., Spire B. et le Groupe ANRS-VESPA. Sida, une maladie chronique passée au crible. Presses de l’EHESP, France, 2008  [retour en haut]

(1) Cette enquête est une initiative du Groupe de réflexion et de communication sur la séropositivité (GRECOS) animé par la Plate-forme Prévention Sida, avec le soutien méthodologique de l’Observatoire du sida et des sexualités et du Service Communautaire SIPES (Ecole de Santé Publique de l’ULB). 

 

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