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0. Comportements et déterminants

Comportements et déterminants transversaux des publics cibles

De manière générale, les constats posés de façon transversale pour l’ensemble des publics cibles abordés dans les Stratégies concertées concernent, à divers degrés selon les publics, trois comportements problématiques :

  • l’utilisation insuffisante et/ou inadéquate du préservatif et, pour certains publics, du lubrifiant à base d’eau ;
  • le recours insuffisant et/ou inadéquat au dépistage du VIH et des autres IST ;
  • la discrimination à l’égard des personnes séropositives et/ ou des publics cibles vulnérables.

Dans les cahiers 1 à 10, pour chaque public cible, les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels spécifiques de ces comportements sont analysés, ainsi que leurs interactions avec les divers acteurs concernés. Certains déterminants sont transversaux à l’ensemble des publics cibles et ne sont pas repris dans chaque synthèse des analyses de situations par public cible. Les principaux sont repris ci-dessous.

Un déterminant qui prédispose à l’adoption de ces trois comportements est le manque de maîtrise des savoirs concernant le Sida et les autres IST. Ce manque peut porter sur les modes de transmission, les moyens de protection efficaces, le caractère incurable du Sida, les effets secondaires des traitements, les modes de recours adéquat au dépistage, les services disponibles, etc. Rappelons cependant qu’il est largement démontré que les connaissances des risques de transmission et des moyens de protection ne sont qu’un déterminant parmi d’autres et que cette connaissance seule ne suffit pas pour que les individus adoptent des comportements de protection adéquats (Moatti et al., 1997). D’autres dimensions comme le manque de conscience d’être exposé au risque IST/Sida, la méconnaissance de son statut sérologique ou du statut de ses partenaires sont directement liés à la protection et au dépistage.

La capacité d’employer le préservatif et celle de négocier son utilisation avec un partenaire, c’est-à-dire les déterminants en lien avec les capacités individuelles (techniques ou relationnelles dans ces exemples), doivent aussi être prises en compte. Ces capacités d’agir peuvent être influencées par divers paramètres : rapports de force entre partenaires, dépendance ou précarité économique, baisse de vigilance en cas de consommation d’alcool ou d’autres drogues, etc. Les facteurs renforçant les comportements des différents acteurs peuvent être simples (par exemple le bénéfice perçu de l’utilisation du préservatif) mais sont le plus souvent complexes et concernent entre autres l’influence de l’entourage ou des pairs.

Les spécificités des milieux de vie et des environnements où évoluent les publics cibles sont également prises en compte à travers les analyses de situations. L’accessibilité du matériel de prévention, de l’information et de services divers (de dépistage et de soins notamment) est un facteur transversal pour l’ensemble des publics cibles. L’environnement social a également un impact sur les comportements des publics cibles (contextes favorisant ou non l’égalité entre les sexes et les sexualités, attitudes vis-à-vis des personnes étrangères ou vis-à-vis de l’usage de drogues par exemples).

Les comportements et déterminants transversaux des acteurs généralistes

Dans les cahiers 1 à 10, les comportements des publics cibles sont analysés dans le cadre de leurs interactions avec les acteurs, services et milieux de vie spécifiques et généralistes qui jouent un rôle en matière de prévention des IST/Sida. Pour les acteurs généralistes (voir la liste dans le tableau 1), quelques constats transversaux sont résumés ci-dessous (on se reportera aux cahiers 1 à 10 et notamment aux tableaux «focus sur les acteurs» pour une analyse exhaustive et détaillée des acteurs spécifiques et généralistes).

Les constats posés au sujet de certains acteurs psychomédico- sociaux généralistes concernent essentiellement le manque de prise en compte des besoins des publics cibles en matières de prévention des IST/Sida, de santé sexuelle et plus largement de santé physique, mentale et sociale. Les constats portent aussi sur le manque de compétences concernant la prise en charge des personnes séropositives et les discriminations à leur égard qui persistent dans le milieu des soins comme dans d’autres domaines de la vie sociale. Le non-respect du secret professionnel, du secret médical ou de la confidentialité est également un constat récurrent dans des lieux de soins mais aussi d’autres lieux de vie (milieu de l’enseignement, lieux d’accueil et d’hébergement). De plus, les pratiques de dépistage des professionnels de la santé non spécialisés manquent parfois de qualité (absence de counseling avant et/ou après le test, dépistages à l’insu des personnes ou non justifiés, etc.). Le manque d’intégration de différentes compétences dans les programmes de formation initiale et continue de ces acteurs explique en grande partie ces constats : compétences en promotion de la santé et prévention, en matière de dépistage et de prise en charge des IST/Sida, de communication avec les publics spécifiques, etc.

Les médias grand public peuvent constituer une source d’information concenant la sexualité, le Sida, les autres IST et diverses thématiques connexes. Cependant, les intervenants constatent que certains médias diffusent insuffisamment de telles informations ou encore les abordent de manière inadéquate : manque de rigueur scientifique, dramatisation ou au contraire banalisation, absence d’écho concernant les actions de prévention existantes. Ils contribuent aussi parfois au renforcement des stéréotypes liés à des catégories de la population et à leur stigmatisation (jeunes, homosexuels, usagers de drogues, migrants, prostitué/es,…). Ces constats s’expliquent entre autres par le manque de formation de certains journalistes en matière de santé, par la recherche de sensationnalisme de certains médias ou encore par l’utilisation de sources d’information peu fiables. La nécessité d’une concertation entre intervenants et médias est soulignée.

Les intervenants du milieu scolaire peuvent jouer un rôle en matière de prévention IST/Sida ou plus largement en matière d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Ce rôle peut consister à offrir une information et un dialogue ou à orienter les jeunes vers des services compétents ou des sources d’information adéquates. Cependant, les constats montrent qu’ils intègrent de manière insuffisante ces questions dans leurs contacts avec les enfants et les jeunes notamment en raison d’un manque de soutien (de la part de la direction, du pouvoir organisateur ou des parents), de l’absence d’un programme officiel ou plus simplement de temps pour aborder tous les thèmes de santé pertinents. De plus, des comportements de discrimination ou de stigmatisation sont constatés en milieu scolaire (dont le refus d’accueillir des enfants ou des jeunes séropositifs ou encore les manifestations d’homophobie).

Les intervenants de la prévention IST/Sida, de la réduction des risques et de la promotion de la santé (1) qui travaillent avec les différents publics cibles posent une série de constats concernant leurs propres pratiques. Un premier constat, tantôt implicite, tantôt explicite, concerne leurs difficultés à sensibiliser les acteurs, services et milieux de vie généralistes aux besoins en matière de prévention et de santé sexuelle des publics spécifiques. Ils soulignent ainsi les contradictions et les incohérences qui peuvent apparaître entre le travail de certains acteurs généralistes et leur propre travail : contradiction entre une approche de réduction des risques et une logique d’abstinence ou de prohibition en matière d’usage de drogues, entre une approche de la diversité des orientations sexuelles et l’hétérosexisme de la société, entre des stratégies basées sur la participation des acteurs de terrain et des publics bénéficiaires et des logiques plus verticales ou répressives. Un second constat porte sur la qualité des interventions : confrontés à des problématiques complexes et multifactorielles, les intervenants estiment ne pas toujours détenir les moyens nécessaires en termes de temps, de ressources financières mais aussi de compétences pour y faire face et pour mettre en oeuvre des stratégies adéquates. Un troisième constat porte sur les difficultés rencontrées par les acteurs pour faire reconnaître sur le plan politique les besoins spécifiques des publics auxquels ils sont confrontés et le travail qu’ils mettent en oeuvre pour rencontrer ces spécificités. Enfin, ils insistent sur les efforts de concertation encore nécessaires pour rendre plus cohérentes les actions qu’ils mettent en place et les messages qu’ils diffusent ainsi que pour mieux prendre en compte les publics et les individus qui cumulent les vulnérabilités.

La prévention des IST/Sida a des liens avec différentes compétences et niveaux de pouvoir politiques au-delà de la santé dans ses aspects préventifs et curatifs. En effet, elle est influencée par diverses politiques comme l’égalité des chances, la lutte contre les discriminations, l’accueil sur le territoire et les droits des étrangers, le contrôle des usages de drogues, les droits des personnes homosexuelles, des prostitué/ es, des personnes incarcérées, etc. Le rôle des acteurs politiques et administratifs et des divers textes légaux et réglementaires est donc essentiel. A travers les analyses de situations, les constats réalisés par les intervenants portent tantôt sur l’insuffisance de ces réglementations (par exemple l’absence de politique cohérente de dépistage du VIH et des autres IST), sur leur inadéquation (par exemple la répression de l’usage de drogues qui entrave la réduction des risques), sur les problèmes liés à leur mise en oeuvre (par exemple la loi sur l’aide médicale urgente appliquée de manière variable selon les CPAS) et sur l’insuffisance de la concertation entre les différentes compétences et les divers niveaux de pouvoir.

La vision des liens entre publics cibles et acteurs, services et milieux de vie spécifiques et généralistes est illustrée par la figure 3.

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Source
  • Moatti J-P., Hausser D., Agrafiotis D. Understanding HIV riskrelated behaviour : a critical overview of current models. In Van Campenhoudt L., Cohen M., Guizzardi G., Hausser D. (Eds). Sexual interactions and HIV risk – New conceptual perspectives in European research. Taylor & Francis, London, 1997. [retour en haut]

(1) Ces acteurs peuvent à la fois être considérés comme des acteurs généralistes car ils appartiennent au groupe des acteurs psychomédico- sociaux et des acteurs spécifiques car certains d’entre eux s’adressent à un seul public cible spécifique. [retour en haut]

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