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6. Analyse de situation

Public cible : les usagers de drogues injecteurs

Sur la base du diagnostic épidémiologique et social, le diagnostic comportemental a été construit en identifiant les comportements du public cible d’une part et ceux des acteurs, services et milieux de vie généralistes et spécifiques en lien avec ce public cible d’autre part. Les déterminants éducationnels, environnementaux et institutionnels de ces différents comportements ont ensuite été recherchés et classés. La synthèse ci dessous reprend les éléments-clés de cette analyse en tentant de mettre en évidence les principaux acteurs et leurs interactions. 

L’injection de drogues est en soi une pratique qui expose les usagers aux risques de transmission du VIH et des hépatites. De plus, près de la moitié (46 %) des UDI rencontrés dans le cadre des projets Boule de Neige partagent des seringues et une majorité (62 %) partagent le reste du matériel (cuillère, coton, garrot, paille) (Lamkaddem et Roelands, 2007). La consommation d’héroïne s’inscrit le plus souvent dans le cadre d’un poly-usage : 82 % des usagers d’héroïne (injecteurs ou non) suivis par un médecin généraliste du réseau ALTO (1) en 2001 étaient polytoxicomanes en début de traitement (consommation problématique d’au moins un autre produit que l’héroïne). Il s’agissait par ordre décroissant du cannabis (57 %), de la cocaïne (47 %), des benzodiazépines (41 %), de l’alcool (40 %), des amphétamines ou de l’ecstasy (17 %), des barbituriques (13 %) et du LSD (8 %) (Denis et al., 2001).

Comportement rarement pris en compte par les professionnels, l’utilisation du préservatif est pourtant insuffisante. La plupart des personnes rencontrées lors des opérations Boule de Neige (47 % en 2007) ont eu un seul partenaire au cours des six derniers mois, 19 % aucun partenaire et 33 % plusieurs partenaires. Parmi ces derniers, deux personnes sur trois déclarent ne pas avoir utilisé de préservatif lors de leurs relations sexuelles. De plus, les usagers font rarement le lien entre les risques liés à l’injection et les risques liés aux pratiques sexuelles.

Les UDI recourent insuffisamment au dépistage du VIH (58,9 % ont fait au moins un test au cours de leur vie, et parmi eux 22,4 % dans l’année précédente) et des hépatites (39 % ont fait le test de l’hépatite B et 61 % celui de l’hépatite C). Ils sont également insuffisamment vaccinés contre l’hépatite B : en 2007, seuls 7,9 % de l’ensemble des UDI et 1,1 % des UDI récents rencontrés dans le cadre du projet Boule de Neige étaient vaccinés (Lamkaddem et Roelands, 2007).

Plusieurs situations augmentent les prises de risque et diminuent les comportements favorables à la santé, comme la vaccination ou le dépistage : le fait d’être un injecteur récent, le fait d’avoir séjourné en prison, l’absence de soutien social et familial. La diminution de la vigilance et du contrôle, provoquée par les effets des produits consommés, favorise également les prises de risque. De plus, les mesures de réduction des risques adoptées par les usagers peuvent être inadéquates en raison de certaines conceptions erronées sur les produits et leurs effets.

Les intervenants qui assurent la prise en charge des usagers dans le cadre des traitements de substitution et ceux qui mettent en place des actions de réduction des risques perçoivent parfois leurs approches respectives comme contradictoires. Les premiers ne diffusent pas toujours le matériel d’injection stérile, y voyant un incitant pour les usagers en situation d’abstinence et sous-estimant les possibilités de rechutes. Parfois, ils ne disposent simplement pas des moyens nécessaires pour financer l’achat de préservatifs et de seringues. Par ailleurs, ils privilégient les aspects psychologiques et relationnels au détriment des dimensions somatiques. Les acteurs de la réduction des risques, quant à eux, ont parfois du mal à articuler leur travail avec celui des professionnels de la prise en charge.

Les acteurs psycho-médico-sociaux généralistes stigmatisent parfois les usagers de drogues. Une étude a montré, par exemple, que le risque d’avoir un contact conflictuel avec le personnel des services d’urgence est dix fois supérieur pour des usagers de drogues par rapport à des patients non usagers (Denis et al., 2008). Par ailleurs, les intervenants constatent que beaucoup de médecins généralistes ont tendance à ne pas prendre en charge les usagers et à les référer vers des structures spécialisées, ce qui diminue la diversité de l’offre de soins.

La police applique les lois relatives à l’usage de drogues (Loi de 1921, MB 06/03/1921) de manière variable selon les cas et les régions, tantôt de manière laxiste, tantôt de manière répressive voire agressive. Elle entrave parfois l’accès au matériel de réduction des risques. Dans le milieu scolaire, elle met en place des activités de prévention de manière inadéquate (Eurotox, 2008).

Sur le plan institutionnel, les intervenants de la réduction des risques considèrent que les politiques en matière de drogues sont paradoxales. La prohibition est légitimée par des arguments de santé publique alors qu’elle a des effets néfastes sur la santé : elle empêche en effet les interventions qui visent à contrôler la qualité des produits, elle rend difficiles les interventions de réduction des risques et elle occulte les phénomènes de consommation et les consommateurs. Elle contribue aussi au renforcement de l’image négative véhiculée au sujet des usagers dans l’opinion publique, notamment via les médias.

Au niveau international, divers documents de référence formulent des recommandations pour la prévention du VIH/ Sida parmi les usagers de drogues injecteurs (WHO, 2005). Pour la plupart des pays, les mesures les plus utiles sont les programmes d’échange d’aiguilles et de seringues, le traitement de substitution aux opiacés et d’autres traitements de la dépendance, le conseil, le dépistage, la prise en charge et les soins VIH, y compris le traitement antirétroviral (OMS, ONUSIDA, Unicef, 2007). Une approche globale devrait inclure l’ensemble de ces interventions.

Précision méthodologique
Pour réaliser une analyse de situation, les participants, lors de la construction du diagnostic comportemental, formulent les comportements des acteurs sous forme de problèmes, c’est-à-dire de manière négative, et avec un certain degré de généralité. Cette approche critique répond à une nécessité méthodologique : il s’agit à cette étape d’identifier les manquements et aspects à améliorer. Au moment de la formulation des objectifs opérationnels, ces comportements formulés négativement seront traduits de manière positive comme résultats à atteindre et comme activités à mettre en oeuvre.

Sources
  • Lamkadden B., Roelands M. Belgian National Report on Drugs 2007. New developments, trends and in-depth information on selected issues. Scientific Institute of Public Health, Epidemiology Unit, Brussels, October 2007. [retour en haut]
  • Denis B., Van Woensel G., Lejeune D., Lafontaine J-B. EVALUMET-Evaluation des Traitements de Substitution (Méthadone) menés par les Médecins Généralistes en Communauté française de Belgique. ALTO – SSMG, Bruxelles, Janvier 2001.

hh


(1) Réseau d’environ 600 médecins généralistes prenant en charge des usagers de drogues en Communauté française de Belgique. [retour en haut]

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Une analyse commune pour l'action (décembre 2009)

Cahier 6 - Usagers de drogues injecteurs

Cahier 6

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Analyses complémentaires

L’analyse de situation pour le public UDI est à mettre en relation avec d’autres analyses de situations avec lesquelles elle partage des problématiques communes, en particulier pour les publics :

 
Observatoire du sida et des sexualités - Facultés universitaires Saint-Louis
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